12/22/20

FREDERIC MARÍN: LES COLLECTIVISATIONS ET LA SOCIALISATION D'ENTREPRISES. GUERRE ET RÉVOLUTION, 1936-1939



De gauche á droite: Federico Marín, Pedro Costa, Minerva Sábat, 
Francisco  Sábat i Maria Sábat (Montpellier, 1946)



LES COLLECTIVISATIONS ET LA SOCIALISATION D'ENTREPRISES: 
GUERRE ET RÉVOLUTION, 1936-1939 

Quand nous parlons avec nos vieillards sur les années de la guerre, parfois, trop fréquemment, la conversation se concentre sur des images imprécises du topique, ou sur les restreintes de l'expérience simple individuelle, déformées de plus par l'éloignement sur le temps ou par un point de vue qui dans ses origines a été conçu sous la perspective toujours déformeuse d'un regard infantile.

Loin de ces deux cas, nous essaierons d'approfondir un peu dans le sujet des collectivisations avec Federico Marín, militant cénétista né à Enguera (Valence) le 1902 et arrivé à Terrassa en 1915.

La Commission de statistiques et d'orientations économiques

—Quelle fonction a cette Commission et quel degré d'influence a-t-elle sur les collectivisations?

—Sous la supervision d'un compagnon technicien dans la branche industrielle, cette Commission élabore des plans de fabrication. Ces derniers, une fois approuvés par les assemblées de travailleurs, sont mis en pratique par les conseils d'entreprise. Ainsi, l'autonomie des collectivisations est absolue ; les assemblées décident de l'orientation et de la gestion générale, en acceptant ou en rejetant ces plans ou différentes initiatives pouvant provenir de n'importe quel ouvrier.

—Y a-t-il un nombre d'heures de travail fixe pour les entreprises collectivisées?

—Quarante heures par semaine; ce nombre est parfois dépassé, le plus rarement possible. Il nous arrive aussi de travailler la nuit ou les dimanches, selon les circonstances.

—Comment détermine-t-on le niveau des salaires? Ont-ils été gelés? Etes-vous payés en espèces?

—Le système d'avant la révolution est maintenu; la différence de salaire se fait en fonction de la catégorie de travail; toutefois, tous les salaires augmentent. Nous sommes rémunérés en argent, quasiment jamais avec des produits d'échange.

—Quelles sont les transformations au niveau de la Sécurité sociale? Des organismes de secours ont-ils été créés?

—Non, aucun organisme nouveau n'est créé mais les services hos­pitaliers de la ville sont dans un bon état général. En revanche, il y a eu un effort considérable pour lutter contre les accidents de travail, qui a donné des résultats très positifs. En cas d'arrêt maladie, le salaire est payé intégralement. L'avortement devient légal, dès lors qu'il est pratiqué de façon médicale.

—Dans certaines usines, il y a eu des comités de contrôle. En quoi consistent-ils et en quoi se différencient-ils des conseils d'entreprise?

—Dans les entreprises où les patrons demeurent en poste après le 19 juillet 1936 (très peu), et pour ceux qui ne sont pas accusés de connivence avec le fascisme, les comités de contrôle —uniquement pour les entreprises employant moins de 100 ouvriers— sont mis en place. Leur fonctionnement n'est pas en soi très différent de celui qui existe dans l'ancien régime patronal. Le patron continue d'être le responsable au niveau de l'administration et de la direction de l'entreprise mais la nouvelle formule donne le droit au comité de contrôler les différentes opérations décidées pour le fonctionnement de celle-ci et de s'opposer à ce qu'il considère comme anormal, préjudiciable ou inopportun. En cas de conflit entre le patron et le comité de contrôle, il est résolu par le comité de liaison CNT-UGT ou par le conseil économique municipal. Par ailleurs, ces entreprises, au même titre que celles qui ont été collectivisées, bénéficient de l'approvisionnement en matières premières. 

Rechercher les matières premières

—Je crois qu'en tant que membre du comité industriel du conseil municipal d'économie, vous vous êtes occupé d'une importante gestion, la recherche des matières premières pour les collectivisations. Pourriez-vous nous l'expliquer?

—Le conseil municipal «s'attribue» des fonctions qu'il n'avait pas avant la révolution. Sa gestion s'étend à toutes les activités de la ville. Parmi elles, l'industrie et l'économie, notamment la section appelée «comité d'industrie». Un compagnon de la CNT en devient responsable. En raison de l'obligation pour tous de se syndiquer, à la CNT comme à l'UGT, des comités de liaison sont intégrés au conseil municipal d'économie. Les usines fonctionnant déjà, le comité d'industrie décide que le plus important est de faire l'inventaire des réserves des matières premières (laine d'origine, coton, soie, etc.) utiles pour la fabrication textile, ainsi que des matières premières complémentaires. Une circulaire est envoyée à toutes les entreprises, les informant que les réserves de matières premières pour la fabrication seront utilisées en priorité pour les besoins de la guerre. En complément de cette circulaire, des visites ont lieu dans les entreprises susceptibles de posséder des stocks importants.

Des contrôles permettent de vérifier que les résultats obtenus pour la production sont positifs. Il est alors nécessaire de rendre possible l'approvisionnement pour favoriser une production régulière, la meilleure possible vu les circonstances imposées par la guerre. Le problème cesse d'être d'ordre local; s'y ajoutent de nouveaux facteurs de première importance. Comme pour les laines régénérées, le risque d'une pénurie des laines d'origine est possible. Ne pouvant prévoir ce à quoi il doit s'attendre, le conseil municipal d'économie organise un voyage en Estrémadure —lieu de production lainière où s'approvisionnent les anciens patrons— avec pour objectif de constater l'état dans lequel se trouvent les sources d'approvisionnement. Sur place, dans l'hypothèse où le fascisme n'occuperait pas cette région, nous passons des accords d'échange pour que l'approvisionnement de nos collectivités se poursuive.

En rentrant à Terrassa, nous faisons un détour par l'Andalousie jusqu'au village de Lopera (Jaén), producteur d'huile d'olive. Nous nous occupons de faire ravitailler notre ville et nous négocions également l'acquisition d'huiles impropres à la consommation mais très utiles pour l'industrie.

Administration autonome

—En général, quelles sont les difficultés ou les manques que rencontrent les collectivisations ?

—L'industrie textile que nous avons collectivisée au début du mois d'août 1936, lorsque nous avons réintégré nos postes de travail, est formée d'entreprises qui sont restées indépendantes et chacune a conservé son unité propre, établie par la raison sociale de l'ancien régime patronal. On peut dire que seule la direction des entreprises a changé. Avant la révolution, les patrons en ont la responsabilité et prennent les décisions; après, ces rôles reviennent aux conseils d'entreprise avec l'aide des travailleurs. Pour ce qui est de l'organisation interne de l'administration, chaque entreprise prend ses propres décisions. Il faut bien admettre que, de manière générale, l'administration des collectivités est réussie, même s'il est vrai qu'elles tendent à se fermer sur elles-mêmes. En raison de cette vision assez bornée, qui circonscrit les conquêtes sociales de la révolution dans les limites réduites de chaque entité productive, il existe dans la même branche des collectivités plus riches que d'autres. L'héritage que chacune d'entre elles reçoit de l'ancien régime patronal les classe par catégories. Est-ce que la dualité syndicale dans son concept social divergent est à l'origine de cette situation? Cela est possible. De plus, le décret sur les collectivités de la Généralité de Catalogne n'a rien réglé. Il a seulement légalisé les collectivités telles qu'elles étaient à ce moment-là, et les a emprisonnées dans les filets de la loi.

Cette situation ne peut satisfaire les militants de la CNT, lesquels considèrent les collectivités comme le premier pas vers une véritable socialisation qui doit apporter l'égalité économique pour tous.

Les réunions des militants et les assemblées générales de la fédération locale des syndicats de l'industrie prennent de l'ampleur, ce qui contribue à améliorer le fonctionnement des collectivités. Toutefois, nous devons considérer le fait que nous n'étions pas seuls. L'UGT, très peu développée au début du mouvement, a relativement grossi lorsque l'obligation de se syndiquer a été décidée. À ce moment-là, tous les « conservateurs » se sont affiliés à ce syndicat.

Tant que les syndicats de l'UGT de Terrassa sont sous la direction d'éléments du POUM, une entente, plus ou moins harmonieuse, avec la CNT est possible. Mais à la veille des faits du mois de mai 1937, les dirigeants du PSUC, parmi lesquels on compte d'anciens «trentistes», s'approprient des postes à responsabilités qui rendent les relations avec la CNT de plus en plus difficiles. Cela n'empêche pas la CNT de proposer à l'UGT un plan de socialisation de toute l'industrie manufacturière et textile de Terrassa.

Un compagnon et moi-même, en tant que membres de la Commission statistique et d'orientations économiques, rédigeons ce plan. Celui-ci est présenté et discuté lors de nos différentes réunions. Son aspect fondamental est l'abolition de la propriété privée de toutes les entreprises, grandes et petites, riches ou pauvres. Toutes les entreprises doivent disparaître au profit d'une nouvelle qui serait régie par une seule administration générale en contact avec le conseil économique si toutefois ce dernier continuait d'exister. Après quelques modifications, ce plan est approuvé et soumis à l'UGT. Ses membres se limitent à dire que le plan est à l'étude sans jamais se prononcer. Pendant ce temps, la situation de certaines collectivités continue de s'aggraver. Pourtant, et malgré nos incitations à nous faire d'autres propositions, l'UGT laisse la question en suspens. Il semble évident qu'elle suit les consignes du PSUC qui, opposé à toute socialisation, n'aurait sans doute pas hésité à dissoudre les collectivités s'il en avait eu la possibilité. Sur ce sujet, la CNT va payer une erreur dont elle est la première responsable.

Redistribuer les bénéfices

—À quelle erreur faites-vous allusion?

—Le 14 octobre 1936, le conseil municipal est formé avec les tendances politiques et les syndicats de la ville. On y concentre tout ce qui fait référence aux activités générales de la ville, notamment l'industrie et l'économie. C'est une conception qui nous semble aller vers la mise en place d'une commune libertaire. La CNT contrôle neuf conseils et dirige celui de l'économie. De façon incompréhensible, et là est son erreur, elle abandonne le conseil économique de Terrassa, aussitôt occupé par l'UGT jusqu'à la fin du mois de mai 1938. Le conseil économique contrôlé par l'UGT devient une énorme entreprise appliquée en premier lieu à taire des bénéfices sur les matières premières destinées à la production pour la guerre.

Ces matières, cédées par le gouvernement à des prix déterminés ou négociés par le conseil municipal économique de sa propre initiative, transformées par l'industrie textile pour les nécessités de l'arrière, sont facturées à des prix qui laissent une marge exagérée de bénéfice. Le conseil municipal économique s'en octroie une partie, oubliant que ces bénéfices reviennent aux industries et aux collectivités. Le bilan est positif avec des millions de pesetas de bénéfice. Pourtant, certaines entreprises sont obligées d'avoir recours à une aide auprès de la Généralité de Catalogne, démarche qui favorise les intérêts politiques de cette dernière. En effet, cette aide implique, lorsqu'elle est accordée, la présence d'un intervenant de l'entreprise, ce qui, à terme, entraîne l'arrêt de la collectivité. La CNT dut faire des concessions jusqu'à ce que les choses changent au mois de mai 1938.

—Donc, que se passe-t-il avec les collectivités à partir du mois de mai 1938?

—L'instabilité constante du panorama politique, due à la guerre et à la politique menée par le PSUC avec la Généralité de Catalogne, provoque la réduction des pouvoirs économiques que la révolution a mises en place sous la supervision du conseil municipal. À leur place, le conseil économique de Terrassa est créé par décret de la Généralité de Catalogne le 10 mai 1938, comme étant sa propre délégation. Un président de l'UGT est nommé et afin de maintenir un certain équilibre, elle désigne comme vice-président un membre de la CNT. Paradoxalement, ce dernier, moi-même, se charge de tout ce qui concerne la fabrication pour l'industrie de guerre en relation directe avec les collectivités.

Pour la nouvelle étape, la CNT décide:
  1. Avec les bénéfices obtenus lors du dernier bilan financier, le nouveau conseil économique de Terrassa aide immédiatement les entreprises collectivisées ayant des difficultés financières et leur donne les moyens de continuer leurs activités. À partir de ce moment-là, aucune entreprise collectivisée ne doive recourir à la Généralité de Catalogne.
  2. Étant donné que le système d'alimentation en eau de la ville est insuffisant, un million de pesetas —une quantité très importante dans cette époque— est prélevée sur les bénéfices et transféré au conseil municipal afin de poursuivre la réalisation du projet de captation et d'amélioration de la distribution de l'eau, décidé avant le 19 juillet 1936.
  3. À compter de ce jour, le conseil économique de Terrassa ne fait plus de bénéfices. Les excédents de capital à la fermeture des exercices administratifs servent aux collectivités et aux travaux urbains d'utilité publique.
Pour la socialisation

Ce plan, pour l'essentiel, est mené à son terme. La municipalité peut disposer de son million de pesetas. Elle aide certaines petites collectivités équipées de vieilles machines à redémarrer. Ces dernières avaient été abandonnées par l'ancien conseil économique en raison d'un rendement jugé insuffisant. Pour nous cela ne comptait pas. L'important était que tous les travailleurs aient des moyens d'existence décents.

Grâce à ces mesures, le fonctionnement de certaines choses change et notamment celui de l'activité industrielle qui redémarre en quelques semaines.

Si la socialisation doit supprimer le chaos d'inégalités injustes, tout ne s'est pas toujours déroulé comme nous l'aurions souhaité. Nous sommes confrontés, par exemple, au déficit de l'approvisionnement en courant électrique, nos conditions de travail sont très pénibles ; notre alimentation est insuffisante, tant en qualité qu'en quantité. Pourtant, malgré tous ces problèmes, les collectivités tournent relativement bien. Si la vraie tragédie se déroule réellement sur le front, nous devons aussi nous préoccuper de la socialisation. Toutes les entreprises collectivisées, dans les conseils desquelles la CNT est majoritaire, sont favorables à la socialisation, en accord avec le plan établi par notre organisation. Parmi elles, se trouvent les deux entreprises les plus importantes de Ter­rassa. Ce courant s'est confirmé lors d'une assemblée générale de conseils d'entreprise tenue à la mi-septembre 1938 au Théâtre du Peuple (ex-Théâtre Principal). Nous avons continué de travailler dans ce sens, mais malheureusement le plan de socialisation n'a pu s'appliquer sur le terrain. Quatre mois plus tard, le 26 janvier 1939, les hordes fascistes entraient à Terrassa.

Jordi F. Fernández Figueras
Entrevista publicada a Les Temps Maudits, n. 16, París, 2003. 
Traducció de Valérie Minerve Marin de l’entrevista apareguda a Al Vent, n. 90, Terrassa, 1986.

 




ENTREVISTA A JOAN ULLÉS BASCOMPTE

Joan Ullés Bascompte

Entrevista a Joan Ullés Bascompte


Joan Ullés Bascompte nació el año 1920 en la calle Pi i Margall de Terrassa, fue el segundo de cuatro hermanos —todos varones—, el mayor de los cuales murió en el frente de guerra con veinte años. Debido a las dificultades económicas por las que atravesó su familia y tener que trabajar su madre en una fábrica textil, tuvo que dejar de ir a la escuela para poder cuidar de sus hermanos menores y solo pudo asistir a algunas clases nocturnas. A los doce años entró a trabajar como dependiente en una tienda de unos parientes y a los catorce empezó a trabajar como aprendiz de mecánico en un taller metalúrgico. Se afilió a la CNT cuando contaba quince años de edad. Falleció en Terrassa en 20 de enero de 2017.

—¿Participaste en la lucha contra los militares sublevados el 18 de julio de 1936? 

—Terrassa, contaba entonces con una población de unos 40.000 habitantes y la CNT tenía 13.000 afiliados, con lo que su influencia en esta ciudad era muy importante. Al sublevarse los militares la práctica totalidad de la población de Terrassa fue a la huelga general revolucionaria que se declaró por 48 horas. Pasado este plazo y viendo que la cosa iba para largo los propios responsables de la CNT de Terrassa decidieron que había que volver al trabajo para derrotar al fascismo. 

—¿Cómo se produjo la vuelta al trabajo? 

—Yo entonces tenía casi 16 años y trabajaba de aprendiz en un pequeño taller metalúrgico: el taller Bach, en el que entre operarios y aprendices éramos unos ocho. Pasadas las 48 horas, los trabajadores nos reunimos en la puerta del taller, pero el dueño no apareció para abrir, como hacía habitualmente, entonces decidimos incautarlo y convertirlo en el Taller Confederal número uno. Y, como yo sabía dónde vivía el dueño, me enviaron a su casa a buscar las llaves; lo encontré un poco asustado, me entregó las llaves y se ofreció a ir al taller a trabajar, lo que comuniqué a los demás trabajadores. La respuesta fue que no lo necesitábamos y que podía quedarse en su casa. 

— ¿Cuál era la actividad del taller en el que trabajabas? 

—Antes del 19 de julio reparábamos las máquinas e instalaciones de las fábricas de Terrassa, en especial de las fábricas textiles: del ramo del agua, tejedurías, tintorerías, hilaturas, etc. Después de habernos incautado del taller empezamos a reparar armas ligeras de todo tipo, las que se encontraron en el Gran Casino de Terrassa incautado por la CNT y las que se hallaban con anterioridad en manos de militantes de la CNT. Un poco más tarde, al cabo de un mes o mes y medio, un compañero que era tornero, Joan Serra, propuso que fabricásemos la pistola Astra del nueve largo, una pistola de gran calidad que se hacía en Eibar, diciendo que si los vascos fabricaban armas cortas ¿por qué no podíamos hacerlo también nosotros? Y así empezamos a construirlas. 

—Y, ¿cuál fue el resultado? 

—Primero hicimos dos pistolas artesanalmente a partir del modelo original, y después de comprobar su resultado las presentamos a la Comissió de la Indústria de Guerra que envió una representación de cuatro o cinco personas, entre ellos su presidente Eugenio Vallejo, para hacer una prueba, que resultó plenamente satisfactoria. Dicha comisión a su vez presentó la pistola a Indalecio Prieto, ministro de la Guerra, el cual tras encargar las correspondientes comprobaciones hizo un pedido inicial de 5.000 unidades, al que después siguieron otros. A partir de aquí iniciamos la fabricación en serie de la pistola del nueve largo Astra, a la cual, primero le pusimos el nombre de CNT-FAI grabado en ella, pero ante la petición de Indalecio Prieto, el cual manifestó que por motivos políticos había que cambiar el nombre, la rebautizamos con el nombre de Francisco Ascaso. 

Más adelante, cuando el País Vasco fue ocupado por las tropas franquistas y su gobierno tuvo que exiliarse a Catalunya, una de las visitas que recibimos fue la del dueño de la empresa que fabricaba la Astra en Eibar, que era un nacionalista vasco que había cruzado la frontera, el cual al llegar a Barcelona y enterarse de que en Terrassa se fabricaba la pistola Astra del nueve largo no se creía que sin tener ninguna experiencia previa en la fabricación de armas fuésemos capaces de producir esta pistola y por ello quiso visitar nuestro taller. Al realizar la visita y comprobar cómo se realizaban las distintas fases de la fabricación de la pistola, quedó muy impresionado y exclamó «si no lo veo, no lo creo». 

—¿Fabricabais toda la pistola por completo? 

—Sí, por entero, todas y cada una de sus piezas, su ensamblaje, el pavonado, etc. Una de las mayores dificultades con que nos encontramos fue la de obtener el tipo de acero especial que se precisaba para el cañón, dificultad que se resolvió adquiriéndolo en Francia en cantidades suficientes, de modo que nunca carecimos de él. Una de las operaciones más difíciles era la de hacer la estría, pero los torneros realizaron los cálculos necesarios para grabar el paso de la estría en el cañón y consiguieron resolver con éxito esta operación. 

—¿Se tuvo que ampliar el taller para realizar esta producción? 

—Sí, efectivamente, ya antes de iniciar la producción en serie el número de trabajadores había aumentado con compañeros de pequeños talleres próximos al nuestro en los que había poco trabajo, hasta llegar a ser 15 o 16, dedicados a reparar armas. Al empezar la fabricación en serie se buscaron más trabajadores especializados: torneros, ajustadores, mecánicos, etc. de Terrassa, de las colonias textiles cercanas, de los alrededores de Berga, de Gironella…, llegando a contar el taller con unos 150 trabajadores —unas 35 mujeres y el resto hombres— que nos organizamos y realizamos el trabajo, sin contar con ningún ingeniero. Se adquirió nueva maquinaria: fresadoras, tornos… y se requisó un edificio más amplio, que aún hoy existe, en la calle San Isidro cerca de Correos. Y para aprovechar mejor la maquinaria y el espacio de que disponíamos, se establecieron tres turnos de trabajo.

—¿En Terrassa había otras empresas que reconvirtieron su producción para fabricar armas? 

—Sí, hubo varias, como la Electra Industrial —cuando la dictadura de Franco pasó a ser la AEG— que contaba con unos 120 trabajadores y Cal Turu, con unos 80 trabajadores, que fabricaron obuses, bombas de todo tipo, granadas de mano, etc. Estas empresas fueron incautadas y colectivizadas, pero no pasaron a denominarse Taller Confederal N.º 2, 3, 4…, ya que a pesar del predominio que tenía la CNT en ellas no se consideró adecuado al haber algunos trabajadores de otras organizaciones: la UGT, el POUM, etc. 

—Con 150 operarios y aprendices trabajando en el taller, ¿cuál era el funcionamiento y la organización de tu empresa? 

Se celebraban asambleas de todos los trabajadores con mucha frecuencia, en ellas se tomaban las decisiones sobre los diversos asuntos que afectaban el desarrollo del taller, tales como el suministro de materias primas, la organización y realización de la producción, etc., así como sobre las cuestiones referentes a las condiciones de trabajo y de vida de los trabajadores, como los salarios a percibir, las condiciones de salubridad del taller, la creación de un economato, etc. También había un Consejo de Empresa, que era el encargado de dirigir la actividad diaria del taller. Este Consejo se elegía en la asamblea y se renovaba periódicamente —creo recordar que era cada año—. 

—¿Qué criterio utilizasteis para establecer la cuantía de los salarios? 

—La cuantía de los salarios se decidía en la asamblea general de los trabajadores. El criterio para su establecimiento era el de fijar una cantidad que permitiese al trabajador satisfacer sus necesidades, por ello se fue aumentando en función de lo que subía el coste de la vida. 

—¿Establecisteis un salario único, igual para todos los trabajadores del taller? 

—No, a pesar de que el criterio general de la CNT era el de que la remuneración de cada cual debía estar determinada por sus necesidades, el establecimiento de un salario único en nuestro taller no se pudo llevar a la práctica debido a la oposición con que se encontró por parte de algunos operarios cualificados. Lo que sí se hizo fue reducir las diferencias salariales, siendo estas mucho menores que las que había antes del 19 de julio de 1936. Además, todos los que trabajábamos en el taller teníamos derecho a la misma cantidad de comida del economato. 

—Has mencionado que creasteis un economato, ¿puedes explicar cómo funcionaba? 

—Se trataba de un economato grande, que disponía de un camión con conductor y de un trabajador que se encargaba de la adquisición y reparto de la comida. El camión se desplazaba a Aragón para adquirir víveres a cambio de los productos que llevábamos desde aquí, ya que las colectividades de Aragón no aceptaban que se les pagase con dinero. A cambio de sus productos del campo les entregábamos piezas de ropa de las empresas textiles de Terrassa, con las que nos pusimos de acuerdo y clavos para errar las mulas, los caballos, etc., los cuales eran muy apreciados por los campesinos. En el taller había un forjador a mano, un herrero muy bueno en su oficio, el cual estaba dedicado exclusivamente a producir clavos y que hacía seis clavos por minuto.

 De este modo, el economato del Taller Confederal N.º 1 pudo disponer de la comida suficiente —tampoco sobraba— para suministrar a todos los que trabajaban en el taller la comida que necesitaban para estar bien alimentados y cubrir las necesidades de su hogar. Por eso, cuando me presenté voluntario para ir al frente de guerra, mi madre se preocupó por la comida que dejaría de entrar en casa. Preocupación que expuse al Consejo de Empresa, el cual decidió que mi hermano —el que me seguía en edad— entrase a trabajar de aprendiz en el taller, para que de este modo mi familia pudiese seguir disponiendo de la misma comida, lo cual alegró mucho a mi madre. 

— Así, ¿tú fuiste al frente como voluntario? 

—Sí, cuando me enteré de que en dos o tres meses me iban a llamar a filas obligatoriamente y me mandarían donde les pareciese, me presenté como voluntario para poder estar en una columna con compañeros de la CNT. Hasta entonces, los operarios que trabajaban en una industria de guerra cuando eran movilizados lo eran como producción de guerra y no iban al frente, pero esto incluyó hasta los de la quinta de 1940 y yo era de la quinta de 1941. Me incorporé a un grupo de unos 160 hombres, los cuales salimos de Terrassa en tres o cuatro camiones que se encontraban aparcados en la basílica del Santo Espíritu, transformada en garaje colectivizado, y nos dirigimos a Santa Maria de Meiá, un pueblo del Montsec, para incorporarnos a la columna Durruti (la 26 división), pero su Estado Mayor, en el que se encontraba Ricardo Sanz que había reemplazado a Durruti, no nos admitió debido a que se hallaban desbordados por el número de voluntarios que se estaban presentando. Por ello tuvimos que regresar a Terrassa. 

Después de permanecer una semana en Terrassa nos desplazamos a Hospitalet desde donde, junto con los compañeros de otras localidades, nos dirigimos a pie y en formación hasta la estación del Norte de Barcelona. Subimos a un tren que nos llevó hasta Calaf, de esta población a pie hasta Sanahuja y de aquí en camión hasta San Joan Fumat —cerca de la frontera con Andorra— y Castellbò para incorporarnos a la columna Ortiz (la 25 división). Finalmente, entramos en combate en la Vall Farrera, donde se desarrolló una dura batalla. 

 Más adelante me enviaron a Barcelona, donde permanecí dos meses para estudiar la especialidad de información y observación en la Escuela Militar. Y de ahí me mandaron a la 62 brigada mixta de una división comunista mandada por Trueba. Cuando se inició la ofensiva franquista contra Catalunya me encontraba cerca de Artesa de Segre, desde donde fuimos retrocediendo hasta que nos enteramos de la caída de Barcelona. Después nos dirigimos a Ripoll y San Joan de les Abadesses para llegar finalmente a Coll d’Ares, desde donde, una vez destruido el material bélico pesado: camiones, cañones, etc., pasamos a Francia el día 13 de febrero. 

—¿Qué hiciste en Francia? 

—En Francia nos desarmó la gendarmería y la guardia móvil, que iban apilando en grandes montones los fusiles, pistolas, etc. que le entregábamos. Y al no haber ningún tipo de alojamiento previsto tuvimos que dormir en el suelo que estaba cubierto de nieve, tapándonos como pudimos con nuestras mantas. Al cabo de un mes nos trasladaron en tren al campo de concentración de Barcarès, donde habían construido unos barracones. Posteriormente, gracias al oficio que había aprendido entré a trabajar en la fábrica de aviones Societè du Construction de l’Aeronautique du Midi, de Toulouse. 

—¿Qué ocurrió cuando los alemanes invadieron Francia? Cuando Francia capituló en junio de 1940, firmó un armisticio en el que se le prohibía la fabricación de toda producción de guerra, lo cual representó que me despidieran de la fábrica en que trabajaba. Se me abonó todo lo que me debían y en tren me condujeron al campo de concentración de Argelés. Al cabo de cierto tiempo los franceses organizaron lo que llamaban compañías de trabajo que realizaban distintas tareas, desde trabajos en el campo hasta la reconstrucción de un pueblo de los Pirineos, cerca del Canigò, destruido por un alud de piedras y rocas. Yo estuve trabajando en cinco de estas compañías, siendo una de ellas la que se encargó de la reconstrucción del citado pueblo. Después pedí ir a trabajar a la cuenca minera de Decazeville donde residían mis padres, a lo que accedieron las autoridades y fue donde conocí a la que sería mi mujer. 

—¿Participaste en la lucha contra los nazis y los colaboracionistas franceses, formando parte del maquis? 

—Sí, junto con otros compañeros de la CNT constituimos un grupo y pedimos armas a la organización que nos las envió con gran rapidez, pudiendo así emprender la realización de diversas acciones, como la del asalto a un hotel de la zona en donde oficiales alemanes estaban celebrando una fiesta. Los componentes de este grupo seguimos viviendo y trabajando con normalidad, actuando como maquis cuando se nos requería o bien por iniciativa propia. 

Quiero, además, señalar que los maquis de filiación libertaria fuimos combatidos no solo por la policía francesa colaboracionista, sino también por los comunistas que controlaban la Unión Nacional Española (UNE), cuyas directrices no seguíamos. Así, en una ocasión desaparecieron por su causa siete u ocho compañeros de la cuenca minera que conseguimos salvar de sus secuestradores y posible asesinato gracias al éxito que tuvo la huelga que convocamos en la cuenca exigiendo su liberación. Ángel Aransáez, secretario del Comité Regional de la CNT en Decazeville, cifra en 56 el número de libertarios asesinados y Marie-Claude Rafaneau-Boj, entre otros, ha recogido también diversos testimonios de desapariciones y asesinatos de militantes libertarios. 

—Al finalizar la Segunda Guerra Mundial, ¿te quedaste en Francia? 

—Por el momento sí. En enero de 1946 me trasladé a Marsella, donde vivían unos familiares de mi mujer y allí trabajé de tornero mecánico hasta el mes de febrero de 1951 en que con mi familia nos trasladamos a Argentina, donde yo tenía unos parientes y parecía que había buenas perspectivas, trabajando siempre de tornero mecánico. 

—¿Cuándo regresaste a Catalunya? 

—En febrero de 1976, poco tiempo después de la muerte del dictador, hice un viaje a Catalunya y a otros países de Europa: Francia, Italia, etc., regresando al cabo de dos meses a Argentina. Y en mayo de 1982 regresé a Catalunya, donde me establecí con mi mujer y mi hija. Mi exilio duró 43 años, tres meses y once días, menos dos horas, que son las que estuve en Barcelona el 16 de febrero de 1951 cuando el barco italiano Conte Biancamano, en el que viajaba rumbo a Argentina hizo escala en el puerto de Barcelona donde bajé a tierra con mi mujer y mi hija de tres años, hablando en francés para confundir a la policía, lo que conseguí, pues de los dos que flanqueaban la pasarela oí que uno le decía al otro: «estos son franceses». Descender del barco fue algo temerario por mi parte, pero felizmente salió bien y así pude saludar a mis tíos y mi primo, a los que previamente había avisado. 

—Por último, y de forma muy breve, ¿cómo valoras la actual situación política y social en Catalunya y en el Estado español? 

—Se están sufriendo aún y de forma importante, las consecuencias de la dictadura franquista. Franco tuvo como objetivos principales, la destrucción de la sociedad catalana —mayoritariamente empeñada en construir una Catalunya en la que imperase la libertad— y la eliminación del movimiento libertario, que luchaba por la liberación social en el conjunto del Estado español.  

La «transición», al constituir un simple cambalache político entre los franquistas y una parte de la oposición y mantener el poder en las mismas manos de los que lo detentaban bajo la dictadura, no ha servido para modificar sus consecuencias. 

—¿Consideras que esta situación es irreversible? 

—Irreversible no, pero sí pienso que para modificarla harán falta bastantes años. Si la dictadura duró casi cuarenta años, para eliminar sus consecuencias se precisan el doble de años, unos ochenta.

Antoni Castells Duràn
Polémica, n. 83, enero 2005

03


12/20/20

00 CENTRE D'ESTUDIS LLIBERTARIS «JOSEP PADILLA» - TERRASSA

El Centre d'Estudis Llibertaris «Josep Padilla» —vinculat a Sindicat d'Activitats Diverses de la CGT de Terrassa— té com a una de les seves funcions recopilar, ordenar i conservar llibres, revistes i documentació referents a: 

  • L'activitat del moviment llibertari de tots els temps i de tots els àmbits geogràfics
  • L'activitat de diferents organitzacions polítiques, sindicals i socials de tots els temps i de tots els àmbit de l'esquerra
  • La història de Terrassa, de Catalunya, d'Espanya i d'altres àmbits geogràfics.
  • La història de la guerra civil espanyola
  • El pensament polític, social i de la vida quotidiana de totes les tendències de l'àmbit llibertari
  • El pensament de totes les branques del socialisme com a corrent filosòfic, polític, social i econòmic
  • Textos teòrics de «ciència política»
Les persones interessades en consultar algun dels materials bibliogràfics del nostre centre hauran d'adreçar-se a: 


* * *

El Centro de Estudios Libertarios «Josep Padilla» vinculado a Sindicato de Actividades Diversas de la CGT de Terrassa tiene como una de sus funciones recopilar, ordenar y conservar libros, revistas y documentación referentes a:
  • La actividad del movimiento libertario de todos los tiempos y de todos los ámbitos geográficos
  • La actividad de diferentes organizaciones políticas, sindicales y sociales de todos los tiempos y de todos los ámbito de la izquierda
  • La historia de Terrassa, de Cataluña, de España y de otros ámbitos geogràficos. 
  • La historia de la guerra civil española
  • El pensamiento político, social y de la vida cotidiana de todas las tendencias del ámbito libertario
  • El pensamiento de todas las ramas del socialismo como corriente filosófica, política, social y económica
  • Textos teóricos de «ciencia política»
Las personas interesadas en consultar alguno de los materiales bibliográficos de nuestro centro deberán dirigirse a:

* * *

Josep Padilla i Boloix (Terrassa, 1909–1980) va ser un militant llibertari i anarcosindicalista. Ingressà a la CNT el 1928 i el 1932 participà en els fets insurreccionals de Terrassa, arran dels quals fou detingut.

Durant la guerra civil fou secretari de la Federació Local de la CNT de Terrassa i de la Comarcal del Vallès Occidental i col·laborà a Vida Nova fins que s'incorporà la Columna Durruti i marxà al front.

Durant el seu exili participà en la resistència francesa contra els nazis. El 1946 tornà a Catalunya per participar a la lluita llibertària i antifranquista. Detingut el 1947, fou condemnat a 20 anys de presó, el 1952 quedà en llibertat, però va ser empresonat de nou, per poc temps, el 1956.

El 1976 fou elegit secretari general del Comitè Regional de la CNT Catalana. Després d’haver intentat, sense èxit, d’harmonitzar les diverses tendències internes de la CNT a Catalunya, n’abandonà la secretaria general, però mantingué la militància anarcosindicalista a nivell local.

QUI SOM, QUÈ OFERIM?

00 CENTRE D'ESTUDIS LLIBERTARIS «JOSEP PADILLA» - TERRASSA

El Centre d'Estudis Llibertaris «Josep Padilla» —vinculat a Sindicat d'Activitats Diverses de la CGT de Terrassa— té com a una de le...